INTERNATIONAL – Mandat d'arrêt et écrou extraditionnel : la défense doit accéder aux pièces essentielles
Publié le :
03/06/2026
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Cass, crim du 27 mai 2026, n°25-88.114
Le droit à un recours juridictionnel effectif impose qu'une personne placée sous écrou extraditionnel à l'étranger en exécution d'un mandat d'arrêt français puisse contester la légalité de ce mandat dans des conditions respectant les droits de la défense. La Cour de cassation devait préciser les délais dans lesquels la chambre de l'instruction doit statuer sur une telle contestation et déterminer quelles pièces doivent être communiquées à la défense.
En l'espèce, dans le cadre d'une information judiciaire ouverte notamment des chefs de viols et d'agressions sexuelles, un juge d'instruction a délivré un mandat d'arrêt contre le mis en examen. Arrêté au Mexique en juin 2025, celui-ci a été placé sous écrou extraditionnel avant que les autorités mexicaines n'accordent son extradition vers la France. Il a alors saisi la chambre de l'instruction d'une requête en annulation du mandat d'arrêt.
La chambre de l'instruction a rejeté sa demande et refusé d'annuler le mandat d'arrêt. Elle a notamment estimé que le délai de 86 jours mis pour statuer n'était pas excessif et que les conditions de détention alléguées au Mexique ne pouvaient justifier la mainlevée du mandat.
Le mis en examen a formé un pourvoi en cassation. Il soutenait notamment que la chambre de l'instruction avait statué trop tardivement sur sa requête, qu'elle aurait dû contrôler les conditions de sa détention au Mexique et qu'elle avait méconnu les droits de la défense en refusant de lui communiquer plusieurs pièces essentielles à l'examen de la légalité du mandat d'arrêt.
La Cour de cassation rappelle d'abord que la chambre de l'instruction saisie d'une requête en nullité d'un mandat d'arrêt ayant conduit à un écrou extraditionnel à l'étranger doit statuer dans un bref délai qui ne peut excéder deux mois. Elle juge ainsi que le délai de 86 jours observé en l'espèce était excessif. Toutefois, ce dépassement ne peut entraîner la remise en liberté de l'intéressé dès lors que sa détention résulte d'une décision des autorités judiciaires étrangères. Il est seulement susceptible d'ouvrir droit à réparation pour fonctionnement défectueux du service public de la justice.
La Cour rejette également l'argument tiré des conditions de détention au Mexique. Elle considère que la chambre de l'instruction, saisie d'une requête en nullité du mandat d'arrêt, n'est pas compétente pour apprécier la dignité des conditions d'incarcération à l'étranger ni pour prononcer la mainlevée du mandat sur ce fondement.
En revanche, elle accueille le moyen relatif aux droits de la défense. Elle affirme que l'avocat d'une personne placée sous écrou extraditionnel doit pouvoir accéder non seulement au mandat d'arrêt et à l'avis du procureur de la République préalable à sa délivrance, mais aussi aux pièces précisément utilisées par la chambre de l'instruction pour apprécier sa légalité. Or, en l'espèce, l'avis du parquet, les déclarations des plaignantes et certains courriels invoqués dans les motifs de l'arrêt n'avaient pas été communiqués à la défense.
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Historique
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